Prononciation

Parler anglais avec un accent français, oui MAIS…

Temps de lecture : 6 min

Je voudrais partager avec vous une réflexion sur l’anglais quand il est parlé avec l’accent français.

En tant que professeur et formatrice d’anglais, j’interviens depuis des années en IUT, Université et Entreprise et j’ai entendu divers accents, certains plus prononcés que d’autres. Et malgré leur fort accent français, certaines personnes arrivent à se faire comprendre et d’autres non.

Je me suis demandé pourquoi.

Tout d’abord, précisons ce qu’est un accent 

Selon le CNRTL*, c’est l’« Ensemble des traits de prononciation qui s’écartent de la prononciation considérée comme normale et révèlent l’appartenance d’une personne à un pays, une province, un milieu déterminés »

L’accent n’est donc pas qu’une question de langue étrangère

Pour ce qui est de la France, l’accent du Sud est complètement différent de celui du Nord  par exemple. Même chose pour les villes. Que ce soit à Lille, au Havre ou à Toulouse…, chaque accent a ses particularités. Le principe est le même pour les milieux sociaux. Et pour aller plus loin, au sein même de ces caractéristiques, chacun de nous, à titre individuel, possède un accent plus ou moins prononcé.

Et c’est partout pareil!

Bien entendu, on retrouve ces différences dans chaque pays du monde. Au Royaume-Uni, vous pouvez distinguer un Gallois d’un Ecossais, une Londonienne d’une Mancunienne (Habitante ou native de Manchester, UK),…une chauve-souris d’un wallaby… 😉. Au sein même de Londres, entre autres, on entend des accents très variés, le plus connu d’entre eux étant le cockney (originaire des quartiers Est – Classe ouvrière).

Bref…

vous comprenez le principe ! L’accent est partout et partout il est différent.

L’anglais étant parlé dans le monde entier, par des natifs ou non, je vous laisse imaginer le nombre d’accents qui circulent…

Dans mon blog, l’anglais de référence est le Standard Southern British English (SSBE), version plus moderne du Received Pronunciation (RP), héritage de mes nombreux séjours dans le Sud-Est de l’Angleterre ainsi que de quelques années passées à Londres.
Bien entendu, j’ai aussi mon propre accent.

Alors, faut-il oui ou non se débarrasser de son accent français pour se faire comprendre?

L’accent français, ok… MAIS jusqu’à un certain point.

Quand on évoque l’idée d’améliorer son anglais oral, on pense tout de suite  qu’il va falloir parler comme un natif. Pas forcément, mais il va falloir s’en rapprocher.

Améliorer sa prononciation est loin d’être accessoire

C’est une étape incontournable vers une meilleure maîtrise de l’anglais parlé et par conséquent l’accès à une expression fluide et compréhensible. Car prononciation et compréhension sont inévitablement et intimement liées.

Concrètement, ça donne quoi?

Lors d’un échange avec Brian, mon speaking partner, j’ai voulu tester sa compréhension d’un texte en anglais lu avec l’accent le plus français possible.

Par exemple, la phrase « The weather is not very good today » a été prononcée « Zeu ouèzeur iz not vèri goude toudè »  et ça ne lui a pas posé de problème, il a très bien compris. Tout simplement parce que les sons voyelle ont été respectés dans l’ensemble, à part pour le dernier mot « toudè », qu’il aurait fallu  prononcer « teudèï » en mettant l’accent tonique (ou stress)  sur « dèï ». Mais ç’est passé ! car le contexte en fait deviner le sens.

Par contre, le mot « outrageous » que j’ai utilisé dans une autre phrase, qui se prononce approximativement « aoutrèïdjeusse»  mais que j’ai volontairement déformé en « outrajousse », n’a pas été compris.

Pas plus que le mot «rare»,  « rèeu » en anglais Britannique, que j’ai prononcé à la française avec en plus un r bien râpeux !  

Pourquoi cette fois cette incompréhension?

Car je n’ai respecté aucune règle de prononciation des sons voyelle et consonne, et que l’accent tonique sur le « rèï » de «aoutrèïdjeusse»  était inexistant.

Du coup  Brian avait beau forcer l’oreille, il était perdu. (Normal, il n’était plus dans la cuisine! Désolée! j’ai pas pu m’en empêcher! 😁)

Et ça donne aussi…

Voici un autre exemple, que Brian m’a rapporté:

Lors d’un de ses échanges avec une française, celle-ci lui dit « That doesn’t occur every day » (« ça n’arrive pas tous les jours »). Elle a prononcé <occur> comme si elle avait dit phonétiquement (càd au niveau des sons) « au coeur » en français, et en prononçant les deux syllabes avec la même intensité selon les règles de la langue française.

Brian n’a pas compris le mot, et, au-delà de ça, c’est la compréhension  de la phrase entière qui s’en est trouvée impactée.

Si vous ne voyez pas ce qui a posé problème, ou/et si vous pensez que vous auriez prononcé ce mot de la même manière, continuez à lire, je vous explique ce qu’elle aurait dû dire pour se faire comprendre.

« Occur » est un verbe de deux syllabes « oc- » et « -cur ». Comme beaucoup de verbes de 2 syllabes en anglais, il est stressé (=son accent tonique se situe) sur la deuxième syllabe , ce qui en fait une syllabe forte en intensité « -CUR« . On insiste dessus. Par contraste la première syllabe « oc- » est beaucoup moins forte et moins claire au niveau du son, à tel point que le son de la voyelle se transforme (oui! oui! Vous lisez bien!) en un espèce de son « euh » (un peu comme quand on hésite), et devient même parfois très difficile à entendre, surtout chez un locuteur natif qui parle vite.

Ceci est essentiel à comprendre car c’est la base du système du stress de la langue anglaise. J’y consacrerai un article entier.

Dans mon exemple, la personne aurait dû prononcer quelque chose comme « eukeur« , (en appuyant sur « keur », c’est pour cela que la syllabe est en gras). Brian aurait alors parfaitement compris.

En résumé, ici c’est en grande partie le stress, ou plutôt le manque de celui-ci, qui a causé l’incompréhension.

On peut donc s’éloigner mais pas déformer

Si vous restez proche des sons anglais, que l’accent tonique est là et bien placé, vous arriverez en général à vous faire comprendre malgré votre accent français. Celui-ci se posera naturellement, tant que votre prononciation  est juste.

Par contre, si vous cumulez trop de sons différents dans un même mot ou dans une même phrase, et que l’accent tonique est inexistant ou mal placé, les problèmes de prononciation cumulés à votre accent rendront la compréhension de vos propos compliquée.

Accéder à un discours fluide et compréhensible   

Concrètement, cela signifie tenir une conversation claire et vous exprimer pour que l’autre capte votre message sans effort afin qu’il y ait un véritable échange.

Comment y parvenir et gagner en efficacité?

La fluidité de parole demande de connaître un minimum de vocabulaire (mots et expressions idiomatiques), de syntaxe (comment les mots s’ordonnent dans la phrase), de grammaire (notamment le choix du bon temps, la bonne préposition, etc…) et de prononciation, pour que tout s’enchaîne de manière agréable, et pour vous, et pour l’autre.

Oui, oui, on peut y arriver, et même dans la bonne humeur !

Il est également important de travailler sa prononciation en observant les règles de la langue anglaise.

Réalisez bien qu’on ne parle pas anglais en utilisant les règles du français

Pour que votre production orale soit intelligible, vous devez aussi absolument ar-ti-cu-ler. Et pour articuler avec assurance, il faut savoir comment prononcer les mots, ce qui peut être un vrai casse-tête en anglais car l’orthographe d’un mot ne nous renseigne ni sur sa prononciation ni sur la place de l’accent tonique. Oubliez le baragouinage, ça ne sert à rien, sauf peut-être à emballer le cadeau. Mais personne ne s’y trompe. Et surtout personne ne comprend !

Finalement, quel que soit votre accent, tout est une histoire de dosage entre votre prononciation des sons, votre utilisation du stress, votre gestion du rythme, votre intonation, et la façon dont vous liez les mots entre eux.

Le charmant petit accent Frenchy est celui qui reste discret, léger, en trame de fond. Il est charmant tant que votre interlocuteur peut vous comprendre. Il est pénalisant dans le cas contraire ; et l’autre se fatiguera vite à essayer de vous suivre au point d’abandonner parfois. Pity !

Vous l’aurez compris, tout est une question d’équilibre

*CNRTL: Centre national de ressources textuelles et lexicales

2 Comments

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :